vendredi 6 mai 2016

Réforme des collèges (arme tactique) et réforme des programmes (arme de destruction massive)

Posté le 18 mai 2015 mais toujours d'actualité. Vu le peu d'enthousiasme des profs lors des réunions de cadrage...

Réforme simultanée du Collège et des programmes.
J'ai lu (une tribune dans libé du 13 mai 2015 du Think tank Terra Nova, d'autres tribunes pour et contre),
j'ai compris (un flash mental, une vision...), 
et je propose d'exposer ce que j'ai compris, qui me passionne et qui m'effraie. 
      Dans Libé du 13 mai 2015, je suis tombé sur une tribune de Maya Akkari et Caroline Veltcheff, de la Fondation Terra Nova, tribune affichée comme "favorable à la réforme du collège" proposée par le gouvernement. Cette tribune m’a ouvert les yeux sur les motivations profondes qui sous-tendent cette réforme du collège (gouvernementale) et la réforme des programmes, confiée à une commission indépendante (oui, oui...).
      D’emblée je mets carte sur table: Je m’intéresse au sujet de l’éducation, j’ai deux filles de 12 et 14 ans. J’ai bénéficié des "filières d’excellence cachées» (sic: c’est le vocabulaire de la tribune de Terra Nova dans Libé: allemand LV1) et, grâce à mon père, chercheur de haut niveau au CNRS, égyptien naturalisé français, j’ai été arraché à la sectorisation (par détournement de la carte scolaire, notre ORL de famille, bien français, par amitié pour mon père m'a domicilié à son cabinet situé sur le secteur d'un collège d'élite), placé donc dans un collège d’excellence, ce qui m’a permis de faire de très bonnes études, d’être motivé par de meilleurs que moi.... Résultat: mon rêve est que chaque petit français, en fonction de ses possibilités, ait la chance de bénéficier de la même éducation d’excellence ET de trouver un travail (si si j’insiste c’est important de pouvoir produire un travail à valeur ajoutée à la fin de ses études).
      La tribune de Terra Nova dans Libé donne un historique, expliquant que dans les années 50, très peu de gens avaient accès à des études longues. Il y avait en effet un aiguillage lié au niveau social, très tôt. Ce qui n’est pas mentionné, c’est que la grande majorité (les pauvres), qui était aiguillée vers des filières manuelles, savait lire et compter. Soixante ans plus tard (ce n’est pas mentionné, tiens tiens...), la grande majorité, qui a bénéficié du "collège unique le plus longtemps possible" (plus de redoublement jusqu’au bac ou quasi, …,) ne sait plus ni lire ni compter, passe deux à trois années infertiles à la fac en bossant au mac Do à mi temps (prenant la place de chômeurs plus âgés...), et se retrouve au chômage. Si les jeunes ingénieurs savent encore compter (je suis ingénieur), je préfère me taire sur leur niveau de grammaire et d’orthographe. Mon avis: c’était socialement injuste dans les années cinquante (tokay avec l'affirmation de Terra Nova), mais c’est humainement et économiquement une catastrophe dans les années 2000. 
     Je n’insiste pas sur les enchainements «prétendument logiques » de l’article ( des "donc" en nombre, mais en relisant lentement il y a escroquerie logique,...), mais, ayant bénéficié de filières d’excellence (merci mon papa regretté) je suis apte à déceler les syllogismes erronés et autres assertions présentées comme des conséquences logiques dans le texte de l’article de Terra Nova.
      Mais ce que je trouve courageux et respectable, dans cette tribune de Terra Nova, c’est que les auteurs écrivent "à découvert": les raisons pour lesquelles ils soutiennent la reforme du collège ET la réforme des programmes qui l’accompagne sont revendiquées. Ils font le constat de l’échec de la carte scolaire à créer de la mixité sociale. C’est tout à fait vrai. Mais comment empêcher, dans un pays libre, les gens de la classe moyenne de vouloir protéger leurs enfants en allant habiter dans les centres ville plus huppés quand ils le peuvent ? J’exagère sans doute, je me suis probablement mépris, mais à la lecture de cette longue tribune, j’ai ressenti dans les sous-entendus des auteurs, un certain regret qu’une politique de mixité et d’égalité "plus radicale" ne soit pas possible. L’image que j’ai eue en tête à la lecture de leur article, ce sont les déplacements de populations de Pol Pot et de se khmers rouges, qui transféraient les « éduqués », les riches, dans les rizières. Et vice versa. L’égalité à tout prix.
      Les auteurs dénoncent aussi, dans le cas rare d’une certaine « mixité sociale » au sein d’un collège, les « filières d’excellence cachées » au sein de ce collège "à mixité sociale": soyons clair: allemand LV1 (autrefois) et classes bilangues (depuis quelques années), étaient le moyen pour les "aisés" de re-créer de la ségrégation à l'intérieur du collège. Autant de possibilités pour la classe dominante de s’extraire de la sainte voie (voix) de l’égalité. C’est pourquoi les auteurs plébiscitent l’arme de la réforme du COLLEGE pour annihiler, au sein de chaque établissement, toute filière d’excellence cachée.
      Mais comment corriger la non-mixité sociale , inévitable dans un pays libre, sans déportation de collégiens (les riches en banlieue, les pauvres en centre-ville) 
? Eh bien , cette fois , on utilise l’arme de la réforme des PROGRAMMES. Et là il ne s’agit plus d’une arme TACTIQUE (de proximité, en vocabulaire militaire), comme l’est la Réforme des Collèges. Il s’agit d’une arme de destruction massive, STRATEGIQUE (en langage militaire). On nivelle vers le bas. Via les programmes. Globalement. On vitrifie. Ce n’est pas moi qui emploie le terme de "nivellement vers le bas", c’est une enseignante syndiquée au SNES 78 que j’ai vue interviouvée sur une TV internet. 
      
En résumé: une réforme des collèges + une réforme des programmes, dont l’objectif, explicite dans la tribune de Terra Nova, est d’obtenir l’égalité des chances. Par la force, par la contrainte, coûte que coûte (encore du vocabulaire militaire!). Le Chemin des Dames. Mais la référence au Chemin des Dames aura-t-elle encore du sens aux oreilles de nos adolescents dans quelques années ?

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